Je me rends compte que depuis que j'ai migré de skyblog pour overblog j'ai pas mal parlé de cinéma asiatique et en particulier du cinéma japonais pour sa capacité à toucher du doigt l'humain dans toutes les situations et à émouvoir à partir de petits détails.
Pour autant n'allez pas croire que tous les films japonais sont dotés de bons sentiments, d'espoir et de poésie car ne l'oublions pas c'est le cinéma japonais qui a commencé le premier à apporter de la violence à l'écran (on se souvient tous du bras coupé dans Yojimbo en 1961).
Et si j'ai régulièrement abordé le cinéma de mon chouchou Takeshi Kitano pour sa capacité à rire de situations violentes, je n'avais encore jamais osé parler d'un cinéaste très important au Japon et tout aussi culte que mon Beat préféré : Takashi Miike.
Voilà un personnage pour le moins hors du commun dans l'histoire du Septième Art, car s'il arrive que certains réalisateurs soient qualifiés de prolifiques pour avoir réalisé entre quinze et vingt films, à votre avis combien de longs métrages Miike a-t-il réalisé en environ quarante années de carrière ?
Et bien même s'il est difficile de répondre précisément étant donné le décalage qui existe entre nos contrées, on estime qu'il en a réalisé au moins soixante-cinq, au rythme de trois par an au minimum.
Et si vous pensez que c'était déjà dingue dites vous bien qu'on ne compte pas là les clips, les épisodes de séries télévisées ni les courts métrages et autres spots publicitaires.
Naturellement avec un tel rythme j'aime autant vous dire qu'en occident nous sommes loin d'avoir accès à la totalité de sa filmographie, surtout que Miike est un trublion qui adore provoquer et qui a signé deux des rares films que je n'ose pas vraiment visionner du fait de leur réputation insoutenable : Visitor Q et Ichi the Killer.
Ainsi si vous tombez sur un DVD signé par Miike soyez sûr de votre coup car si le bonhomme sait désamorcer la violence par l'absurde et le décalage des situations il ne vous fera pas de cadeau question hémoglobine.
Graine de Yakuza (Fudo en VO) réalisé en 1996 sera pour ma part le cinquième film de Miike que j'ai l'occasion de découvrir (merci la réédition en Blu-Ray) et malgré ma petite expérience dans l'univers du réalisateur j'avoue que j'ai été on ne peut plus déboussolé pendant 90 minutes.
Les bases du Yakuza Eiga
Le milieu de la pègre de Kyushu est en état d'alerte lorsque quatre lieutenants sont assassinés un par un.
Le commanditaire de ces meurtres est autre que Riki Fudoh le fils du chef du clan.
Riki n'a effectivement jamais pardonné à son père la mort de son frère alors qu'il n'était encore qu'un enfant.
A la lecture de ces quelques lignes j'imagine que vous vous demandez ce que le scénario a de si exceptionnel et pourquoi je vous propose un film avec une histoire aussi basique alors que je vantais plus haut un réalisateur bien perché ?
Et bien ce que je ne vous ai pas encore dit c'est que Riki Fudoh, le personnage principal qui envoie ses troupes zigouiller des yakuzas... Est un lycéen.
Dans les fait je ne vais pas nier que l'intrigue est quoi qu'on en pense très simpliste et ne révolutionnera pas le genre : deux groupes qui s'entretuent, des tueurs aux personnalités marquées, un assassin ultime qui vient calmer tout le monde, des morts graphiques...
Effectivement on a déjà vu ça cent fois, mais pas avec un gang de tueurs en culotte courte !
Par où commencer ?
Et puisque je parle de culotte voilà une passerelle toute trouvée pour aborder le côté WTF du métrage... Non je n'ai pas complètement perdu la boule, mais peut-être bien que Miike, si !
Parce que si on est conscient en abordant l'un de ses films que le réalisateur va nous proposer des moments disons, inattendus je dois bien avouer que je n'étais absolument pas préparé à cette séquence a priori connue par certains hommes de culture qui dévoile le talent d'une des garde du corps de Riki.
On connait le penchant des japonais pour les sous-vêtements féminins, mais la version avec fermeture éclair afin d'introduire une sarbacane et tirer des fléchettes avec l'air du vagin... C'était une première dont je n'aurai jamais soupçonné qu'elle pouvait se produire.
Miike semble ainsi tenter de porter à l'écran une approche très manga en live action en truffant son film de situations de ce genre quitte à parfois flirter avec le nanar.
La première scène donne d'ailleurs le ton avec cette fusillade où l'un des tireurs s'équipe de lunettes de piscine avant de commencer les hostilités afin de ne pas être gêné par l'eau lorsque le système anti-incendie se déclenchera suite aux très nombreux coups de feu (je veux bien que les flingues aient des chargeurs étendus, mais sur ce coup là même John Woo n'a jamais gaspillé autant de munitions sur un deux contre un).
L'histoire a beau n'être qu'une relecture de la formule classique d'un règlement de comptes entre bandes, il faut reconnaître à Miike que sur la forme son film possède sa propre identité, même si on devine une inspiration des yakuza eiga de Kinji Fukasaku (dont Miike a d'ailleurs participé à la création de la collection en DVD).
Je déteste ces rééditions incomplètes
Si on se met en condition, on passe un vrai bon moment de fun devant les situations toutes plus violentes et amusantes (on rit souvent volontiers, je dois dire que le shoot dans la tête coupée m'a eu et bon sang je n'aurai jamais cru écrire ça un jour) tout en réalisant que le film aura au moins un admirateur célèbre.
En effet ces geysers de sang lors des démembrements, cet esprit démesuré pendant les combats et bien évidemment les gardes du corps en tenue d'écolière auront probablement servi de modèle à notre Quentin Tarantino préféré, sachant que Gogo a une soeur jumelle dans le scénario original on ne me fera pas démordre que sans Graine de Yakuza, Kill Bill aurait eu une toute autre saveur.
De plus je me suis pris à me poser la question : est-ce que le mouvement ultra-woke est au courant que le film comporte un personnage hermaphrodite ou bien préfère-t-il faire semblant de l'ignorer parce que ça ne servira pas vraiment la cause ?
Vous l'aurez compris sans être un chef d'oeuvre le film est tout de même une pépite provoc' comme on n'en voit peu et comme on n'en verra probablement plus jamais, mais il y a malgré tout un problème énorme contre lequel je me dois de vous mettre en garde.
Le film est en effet le premier d'une trilogie, mais comme Miike n'a signé que le premier volet les autres ne sont apparemment évidemment pas aussi décalés et créatifs, résultat le distributeur européen n'a pas jugé bon de les sortir eux aussi.
Résultat le film s'achève sur deux adversaires prêts à croiser le fer et à faire cracher les flingues, mais hélas je vais devoir me coller le scénario là où j'aurai préféré qu'il n'y ait rien jusqu'à ce que je trouve un exemplaire des suites dans un bazar de Akihabara lors de mon prochain voyage.
Franchement je ne sais pas trop si je dois vous conseiller Graine de Yakuza.
Non pas en raison de son ultra-violence et de ses nombreuses séquences qui feraient tomber dans les pommes 90% des représentants de la bien-pensance contemporaine, parce qu'il est évident que le film a été conçu comme un objet de provocation et qu'on sait un minimum à quoi s'attendre devant un film signé Takashi Miike.
Mais il faut quand même le dire le fait qu'il n'y ait pas de fin disponible est assez gênant car non seulement on n'aura pas le fin mot de l'histoire mais en plus cela rend le film un peu plus décousu : beaucoup de personnages semblent ne pas servir à grand chose (le géant est amusant mais en vrai je chercher encore son utilité dans l'intrigue).
Soyez donc avertis : d'une part vous allez assister à des séquences que vous n'auriez jamais pu imaginer et de l'autre vous en sortirez en vous estimant un chouya lésé.
Mais si vous êtes prêt à accepter ça et que le cinéma trash vous passionne, il y a fort à parier que vous ne regretterez pas le visionnage, quitte à ne plus jamais voir une sarbacane comme avant.
Note : 3.5/5
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