Si vous êtes du genre à adorer le film de samouraï, nul doute que le mot seppuku vous dit quelque chose. Et si vous êtes un profane je suis prêt à parier que Hara-Kiri est peut-être plus évocateur en ce qui concerne le suicide rituel des guerriers japonais.
Il faut dire qu'en matière de fiction le cinéma et les séries se sont fait un malin plaisir de mettre en scène cette mort cruelle mais hautement symbolique et importante pour les samouraïs (et ce n'est pas le remake de Shogun qui contenait bien trois ou quatre scènes du genre qui me fera dire le contraire).
L'acte en lui même a déjà été à l'honneur si je puis dire dans le film Hara-Kiri de Kobayashi et son remake par Takashi Miike en 2011 alors vous me direz sans doute "que va ajouter Seppuku à un acte que l'on connaît déjà par coeur ?"
La réponse est simple : vous ignorez en fait tout de ce qu'implique le seppuku.
Moi même je ne le savais pas jusqu'à ce soir où j'ai pu découvrir le film dans le cadre du festival des Saisons de Hanabi.
Au passage je ne peux que vous conseiller de vous abonner à leur page pour ne pas rater la prochaine édition ou découvrir de véritables pépites tout au long de l'année, si naturellement le cinéma japonais vous passionne !
Edo 1869
Après avoir abîmé l'arc de son seigneur, le samouraï et vassal du shogun Kyuzo est assigné à résidence en attendant que son sort soit fixé à hauteur de la gravité de l'incident.
A quelques maisons de là son grand ami Yenbei apprend que la sentence est autre que le seppuku. Ecoeuré mais tenu par son serment de fidélité et de discrétion, il ne peut prévenir Kyuzo que celui-ci devra s'ouvrir le ventre le lendemain. Mais grâce à un stratagème il parvient à faire passer un message au samouraï qui doit décider de la façon dont il vivra ses dernières heures.
D'ordinaire associé au climax d'un épisode de série ou à la fin d'un film, le suicide rituel est en général un élément qui survient quelques minutes avant de s'accomplir sous les yeux du spectateur.
L'honneur d'un samouraï prend le pari d'annoncer cet acte très en avance afin de se concentrer davantage sur ses personnages, prenant ainsi la forme d'une sorte de huis-clos se déroulant à 90% dans la demeure du samouraï condamné.
Protocole et honneur
Autant le dire tout de suite il ne faut peut être pas commencer tout de suite par ce film si vous souhaitez vous initier au cinéma historique japonais : clairement il y a plus accessible que ce soit dans le forme comme dans le fond.
Formellement le film va dérouler sans exception lors de chaque séquence les codes de conduite au sein de la caste des samouraïs : approcher de son seigneur lorsque celui-ci l'ordonne implique certes d'obéir illico mais de ne pas non plus trahir la grâce et l'élégance de chaque geste.
Ainsi si vous trouvez que quinze secondes pour avancer de deux mètres est un temps trop long, je parie que le film vous perdra ne serait-ce que sur sa mise en scène qui appliquera à la lettre le strict protocole auquel sont soumis les personnages.
De plus les non-dits, les subtilités et l'opinion de façade sont des notions particulièrement importantes dans le film.
On pourrait croire qu'un personnage se montre dur et sans pitié, résigné de par la nature même de sa culture face au sort de Kyuzo, pourtant si on patiente et que l'on accepte de suivre ces dialogues très formels on finira par découvrir une humanité touchante au sein de chaque protagoniste.
L'anti-cinématographie
En fait Seppuku pourrait très bien être une pièce de théâtre tant le réalisateur Yuji Kakizaki s'est appliqué à ne pas tomber dans le cliché cinématographique, à tel point qu'on en sera parfois même déstabilisé : pouvait-on réellement demander à un homme de se tuer pour quelque chose d'aussi futile qu'une corde à arc ?
Loin des motifs habituels de rédemption ou de punition qui frappent les samouraïs de cinéma au moment de se faire hara-kiri, l'évènement qui conduit notre guerrier à la peine de mort est hélas très crédible puisque l'objet appartenait à un seigneur.
Le film nous dépeint ainsi une famille et ses servants qui semblent tous s'aimer les uns les autres, des gens normaux, des types biens et des femmes dignes et courageuses.
Dans un film classique cette famille serait à l'honneur à travers les faits d'armes du père, mais Kakizaki balaie justement tout le passé héroïque que nous avons vu et revu cent fois pour mieux saisir toute la cruauté du suicide rituel mais aussi faire surgir des émotions et des sentiments que nous n'avons que trop rarement observés au cinéma chez ces guerriers.
Certes les samouraïs étaient des hommes d'honneur au service de leur daimyo et le film ne démontre que trop bien qu'ils pouvaient être contraints de se tuer en un claquement de doigt. Mais ils étaient aussi des hommes avec des familles.
Pour Kakizaki le suicide ordonné n'est pas tant une cérémonie sanglante (d'ailleurs là encore il refusera toute forme de spectaculaire en optant pour une approche inédite me concernant -et pourtant j'ai bien du voir douze seppuku-) que la fin d'une famille et la destruction d'un foyer.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est l'épouse qui se tient au premier plan sur l'affiche et que la figure cinématographique du samouraï est laissée dans le flou à l'arrière. Car si hara-kiri évoque un guerrier qui s'éventre avant de se faire trancher la tête les enfants et femmes étaient aussi impactés par le suicide.
Ces êtres souvent oubliés du cinéma et des séries se voient ainsi dignement représentés à travers la famille de Kyuzo, et comment rester de marbre devant les larmes de Yenbei ou encore face à la retenue de Yoshino lorsqu'elle doit accueillir honorablement l'homme qui vient chercher la tête de son mari ?
L'émotion surgit ainsi de façon inattendue à travers les petites attentions de la mère et les transmissions symboliques entre le père et le fils. Même les serviteurs se trouvent impactés par le seppuku car là encore l'honneur leur dicte d'adopter une conduite des plus loyales quitte à aller très loin pour prouver l'attachement à leur maître.
Certes d'un point de vue purement technique le film n'est pas très fouillé (encore qu'on peut trouver quelques subtilités dans la mise en scène, notamment la façon qu'ont les images d'annoncer qui sera le kaishakunin 80 minutes avant que lui même ne l'apprenne) et comme je le disais on a plus l'impression de voir du théâtre filmé.
Mais il n'empêche que l'approche de ce passage obligé du chanbara était on ne peut plus audacieuse et que cette audace a payé puisque malgré l'absence totale de toutes les fioritures cinématographiques le film est un véritable concentré d'émotions.
Et le plus ironique c'est que s'il doit être celui qui a abordé le suicide rituel avec le plus de cruauté et de réalisme c'est probablement aussi celui qui a proposé l'un des plus softs visuellement parlant.
Comme quoi pas besoin de faire un geyser de sang et d'ajouter un gros plan de la tête qui roule pour émouvoir et choquer son public.
Il suffit d'avoir une excellente écriture interprétée par de bons comédiens, et de ce côté là je parie que vous n'oublierez jamais Yuka Takeshima lors de l'ultime séquence, aussi déchirante qu'une lame qui ouvre un ventre.
Note : 3.5/5
/image%2F1765415%2F20230625%2Fob_082d15_img-20230625-205615.jpg)
/image%2F6942752%2F20260202%2Fob_54514c_120mont-seppuku-scaled.jpg)
/image%2F6942752%2F20260202%2Fob_e3a8ab_seppuku-1000px-medium.jpg)
/image%2F6942752%2F20260202%2Fob_df33b3_149c33b8c56b621372046b7af2438a2c.jpg)
/image%2F6942752%2F20260202%2Fob_699062_seppuku-2-990x660.jpg)