Déjà quatre mois que Kaamelott Deuxième Volet - Première Partie a marqué le retour de la saga comique la plus culte des années 2000, et déjà quatre mois que je n'arrive pas à comprendre pourquoi le résultat a été aussi tiède cette fois-ci.
Certes je ne m'attendais pas à ce que le film fasse aussi bien que le premier volet et ses 2.4 millions d'entrées en 2021, mais tout de même atteindre péniblement le million d'entrées après un départ pas trop mauvais, c'était assez inattendu en ce qui me concerne.
Les principales raisons de cet échec ? Pour ma part la situation économique a du jouer et j'ai bon espoir que la deuxième partie sauvera les meubles une fois que les septiques qui attendaient une diffusion télé pour tenter l'expérience se décideront à voir la fin.
Mais les retours les plus unanimes (je ne compte pas les andouilles qui n'ont pas aimé simplement parce qu'il manquait Perceval) s'accordaient sur le ton du film. Et vas y que ce n'est pas drôle, que c'est trop sombre et que ça n'a plus rien à voir avec Kaamelott et que Astier n'a rien compris à son propre univers.
Soyons réglo : le film était maladroitement agencé et je suis le premier à dire en tant qu'ancien travailleur audiovisuel que les dix dernières minutes sont une pure catastrophe de montage, un bâclage qui trahit la lassitude d'un mec collé depuis trop longtemps à son banc de montage et qui s'est dit allez stop j'arrête là sans se demander si il ne fallait pas arrondir un peu les angles.
Pourtant à mes yeux si je devais le comparer au premier volet l'écart qualitatif est en sa faveur : on n'est plus dans un ego trip où Astier vampirise toute l'intrigue et où le manque de moyens est un peu trop flagrant par moments.
Le film avait ses moments magiques, les décors et les costumes étaient bien plus inspirés et Astier avait su s'effacer (pour peut-être complètement disparaître à l'issue de la seconde partie, théorie personnelle) pour laisser la place à ses personnages.
Et surtout, qu'y avait-il de plus Kaamelott que ce film ?
Tout était là : duos de mages qui s'engueulent de longue, pitreries chez le tavernier, monologues inspirés, moments d'humour noir bien sentis ("oh là hé comment vous parlez à Konle le Fameux vous !?"), disputes autour d'une table... Rien ne manquait !
Et concernant le ton sombre du film, je me demande si les gens ont véritablement suivi Kaamelott à l'époque de la série où s'il ne s'agit pas tout simplement d'une frange de spectateurs qui n'ont vu que les trois premiers livres en boucle.
Parce que pour mémoire le livre V de la série marquait déjà un tournant dramatique de la saga, pour ma part pour le meilleur et nous allons voir pourquoi !
La première vraie intrigue
Après avoir récupéré Guenièvre dans le camp de Lancelot et défait au passage son groupe de séparatistes, Arthur se retrouve confronté à une baisse de popularité.
Ses proches ne comprennent pas pourquoi il n'a pas tué son rival tandis que la population est de plus en plus sur les nerfs face aux conditions de vie toujours plus difficile dans un royaume pourtant sensé être prospère.
Pendant ce temps alors que tout le monde se demande ce qu'il est advenu de Lancelot du Lac, celui-ci reprend des forces loin de tous et reçoit à nouveau la visite de l'homme en noir qui lui promet une destinée fantastique et une revanche sur Arthur.
Autant vous le dire tout de suite, si à l'époque vous aviez découvert le Livre V à travers les diffusions à 20h sur M6, vous n'avez pour ainsi dire jamais vu le Livre V.
Peut-être que c'est ce qui a marqué le début des embrouilles entre Astier et la chaîne mais ce découpage pour coller au format capsule de 3 minutes 30 secondes était une belle connerie car cette saison était pensée pour être diffusée en prime au format 40 minutes.
Ainsi si vous avez découvert ce livre via le montage capsule, vous vous êtes probablement dit que c'était triste et absolument pas marrant et pour le coup je ne peux pas vous jeter la pierre parce qu'en l'état même moi à l'époque je me suis demandé ce qu'il se passait dans la tête d'Astier pour livrer pareille nullité.
Mais si vous lancez la saison via le DVD et que vous regardez chacun des huit épisodes en entier vous comprendrez que la série avait franchi un cap et que M6 n'était tout simplement pas prête à déprogrammer sa série phare du 20 heures.
Cette saison n'est plus rythmée comme les quatre précédentes où les dialogues et situations étaient pensées pour ne pas dépasser les 200 secondes et l'écriture est celle d'une véritable série où chaque épisode prend son temps pour dévoiler ses intentions et nous mener à son point culminant.
C'est sûr, passer de petites saynètes de 3 minutes à une histoire de 40 minutes tranche et bouleverse les attentes du public.
Mais d'un autre côté cela démontrait l'envie du créateur de littéralement vouloir sortir de sa bulle et renouveler son concept avant de tourner en rond.
Ainsi que l'a dit Astier en interview, chaque livre est différent du précédent et c'est on ne peut plus vrai pour celui-ci qui est le premier à oser le format long tandis que le suivant se livrera à l'exercice périlleux du préquel en se déroulant 15 ans auparavant en grande partie à Rome.
Une mise en scène limitée
En dehors de l'écriture cette cinquième fournée d'épisodes tranche avec les autres de part la volonté d'Alexandre Astier d'enfin sortir des décors de plateau et des cadres étroits des quatre premières saisons.
Certes il y avait bien des épisodes qui se déroulaient hors des murs du château ou de la taverne, mais ces escapades champêtres étaient assez rares et pas très travaillées visuellement parlant.
Cette fois-ci et c'est une première dans l'histoire de la série nous avons l'impression de découvrir un vaste royaume notamment à travers les derniers épisodes lorsque Arthur et Guenièvre se mettent à la recherche de la potentielle progéniture du roi et cela fait plaisir d'enfin découvrir les terres paysannes ou par exemple de tout simplement voir la mer pour de bon.
Cependant on devine que le budget fourni par la chaîne n'était pas encore fifou car en plus de devoir continuer à composer avec de nombreuses séquences autour d'une table et en décors clos on se trouve en présence d'un royaume dont on veut nous montrer l'immensité mais qui peut se parcourir sans problème sans cheval.
C'est d'ailleurs l'un des points qui m'ont toujours surpris y compris dans le passage au format cinéma : hormis lors de l'épisode où Perceval et Karadoc tentent de trouver le Graal en creusant et lors des séquences avec la charrette des Orcaniens les chevaux sont totalement absents de cet univers médiéval.
Le hic derrière ce manque de budget c'est que cela donne un certain souci de cohérence puisque par exemple le tour du royaume par Arthur est sensé durer des semaines mais les activités au château en son absence ne s'étalent visiblement pas sur plus de quelques jours...
Un problème que l'on retrouve à la fin de la partie une du Deuxième Volet où on se demande combien de temps s'écoule entre chaque plan.
Vraiment j'ai beau être un défenseur du film et de ce livre V ainsi qu'un grand admirateur du savoir-faire de Alexandre Astier dans bien des domaines, mais pour le coup ce ne sera jamais un monteur de génie et comme je l'ai dis il y a quelques mois à l'occasion de la sortie du film il serait temps qu'il laisse la main pour ce domaine là.
Comédie noire
Effectivement ce livre V manque de budget et il faut le dire certaines scènes violentes peuvent surprendre le spectateur venu s'en payer une bonne tranche. Entre la blessure de Lancelot et la séquence finale que je ne dévoilerai pas pour les trois qui dormaient au fond, Astier n'hésite pas à montrer le sang couler lorsque c'est nécessaire même si on ne peut pas parler de scène d'action pour autant.
Mais si j'adore à ce point ce livre assez conspué et à l'occasion critiqué par Astier lui même (en interview il déclarait que "le Livre V était peut-être un peu trop dark, un peu trop je vous emmerde") c'est parce que justement l'apport du dramatique ne se fait pas au détriment de la comédie.
Parce que franchement qu'est-ce que cette saison peut proposer comme moments à se plier de rire ! Entre Perceval qui ne rate jamais une occasion de rabaisser Mevanwi et la forte présence à l'écran du Roi Loth et de son équipe de nuls Astier s'en donne à coeur joie concernant l'écriture de ses dialogues.
Il confiait d'ailleurs que Loth était le personnage pour lequel il aimait le plus écrire les répliques et cela se sent tant il est impossible de ne pas rire à chaque scène mettant en scène François Rollin !
On se marre honnêtement beaucoup dans cette série, et cet humour est d'autant plus efficace que la partie sombre a été très bien gérée.
Amorcée avec le Livre IV cette tournure dramatique trouve à mon sens son point culminant à travers l'introduction d'un personnage qui aujourd'hui encore est source de nombreuses théories : Méléagan.
Enfin un vrai méchant
Kaamelott en capsule manquait d'un élément important : un réel antagoniste. Alors oui vous me direz qu'il y avait les Huns et les autres (Mon oncle, j'ai fait un trait d'humour !) et que vue la fréquence des embrouilles causées par Léodagan celui-ci pourrait être une forme d'ennemi pour Arthur.
Quand à Lancelot... Un rival n'est pas un ennemi à proprement parler et au cours de l'intégralité de la série jusqu'à son dénouement il n'a pas été à proprement parler un antagoniste (chose que les films changent bien entendu).
Résultat lorsque Méléagan campé par le magistral Carlo Brandt apparaît pour de bon, le spectateur reste pantois face à ce personnage de sinistre allure dont les répliques ont une particularité unique dans la saga.
En effet même si Lancelot n'a jamais été un rigolo il arrivait que l'humour teinte ses apparitions. Même le chevalier blanc solitaire pouvait faire sourire le spectateur.
Méléagan n'a AUCUNE trace d'humour dans ses dialogues ni dans la moindre situation dans laquelle il sera impliqué.
Et puis surtout que veut ce mec et qui est-il vraiment ?
Pour ma part j'aime à penser qu'il est une matérialisation des parts obscures de Arthur et Lancelot et qu'il apparaît uniquement lorsque les personnages sont au 36 dessous puisque de toute évidence la plupart des autres ne le voient pas. Je sais, je sais : les saltimbanques semblent le connaître mais y a-t-il un vrai échange entre la troupe et l'homme en noir ? De plus lorsqu'il se lève pour prendre possession de l'esprit de Prisca, personne ne semble le calculer.
Dans quel but ? Pourquoi soutenir Lancelot ?
Peut-être est-ce une façon de rapprocher symboliquement Arthur et Lancelot que Astier filme comme Mann a filmé de Niro et Pacino dans HEAT : jamais ensemble à l'écran mais partageant parfois une scène à l'image de ce moment où Arthur passe à côté de Lancelot agonisant sans remarquer sa présence.
Parce que si Lancelot et Arthur ont emprunté deux routes différentes ils poursuivent le même but : trouver le Graal.
Je persiste, cette saison est certainement la plus riche et constitue la partie la plus intéressante de toute la saga pour le moment.
Vraiment je ne comprends pas les notes et le peu d'enthousiasme autour du Deuxième Volet de la trilogie cinématographique...
Car si on a vu ce cinquième livre on ne peut pas être complètement surpris par ce que le film a proposé : un ton plus sombre, des personnages orcaniens qui souhaitent réellement la mort de Arthur, un antagoniste majeur dont les intentions sont aussi obscures que lui... Tout est là !
Du coup la vraie question c'est ... Quel Kaamelott aimez vous ?
Celui qui se contente de créer des moments rigolo autour d'un jeu du pays de Galles ? Celui qui envoie cash sans prévenir un monologue de fou furieux sur l'échec ?
Ou bien tout simplement peut-être êtes vous de ceux qui acceptent chaque facette de la saga et à ce moment là vous faites probablement partie de ceux qui ont le plus aimé le film.
Notez que j'ai volontiers presque ignoré Perceval au cours de ce papier, parce que certes le personnage est présent et à mourir de rire... Mais a-t-il été utile dans ce Livre V ?
Nullement. Je l'adore comme tout le monde mais objectivement à part lors de l'ultime épisode où il explique à Arthur que "Sire, vous savez bien que nous on est des cons" il n'a pas de vrai moment touchant comme cela pouvait être le cas avant.
Et pourtant cela n'a pas empêché la série de briller à travers ces huit épisodes qui marquaient le vrai début de l'histoire.
Comme quoi si vous avez snobé le film par rapport à l'absence de Perceval... Pourquoi avoir regardé le Livre V dans ce cas ?
C'est pour ça que Kaamelott est l'une de ces rares sagas où il est presque interdit de dire "pff pour moi c'est fini c'est plus comme j'aime" parce que son créateur ne reste jamais dans sa zone de confort et rabat les cartes à chaque fois.
Pour le Livre V, il les a mélangées à fond la caisse pour le meilleur : tout ce qu'on aime dans les capsules est toujours là, mais le style et le ton ont évolué pour proposer du neuf. Et ce sera comme ça à chaque nouvelle saison et à chaque film jusqu'à ce qu'enfin Astier aura mis un point final à son histoire.
Note : 4/5
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