Dans la pop culture, le concept de boucle temporelle est quelque chose qui a été très souvent revisité qu'il s'agisse de séries, de films ou encore de jeux vidéos (si vous êtes du genre gamer jouez à Outer Wilds, vraiment).
L'idée d'une journée qui se répèterai en boucle à l'infini n'a jamais cessé d'inspirer les américains, citons notamment Un jour sans fin ou pour taper dans le plus hollywoodien possible Edge of Tomorrow qui permettait à Tom Cruise de décalquer des extra-terrestres et je n'imagine pas ce qu'il adviendrait si un gus aussi obsédé par le temps qui passe comme Christopher Nolan adaptait le concept (on pourrait débattre sur le fait que Tenet soit une boucle ou non).
Mais que se passe-t-il quand le cinéma japonais bien moins axé explosions, aliens et grosses machines s'empare de l'idée ?
Et bien cela vous donne En boucle, traduction dénuée de toute la poésie du titre original (que l'on pourrait traduire par La rivière a arrêté de couler ?) et qui bien entendu est déjà sorti il y a deux ans au Japon car nos distributeurs ne sont jamais bien pressés de diffuser les films en provenance de l'archipel.
Mais ne faisons pas la fine bouche, au moins le film est sorti en salles et le moins que l'on puisse dire c'est que vous pouvez oublier tout ce que vous pensez savoir sur les boucles temporelles, car le réalisateur Junta Yamaguchi entend bien vous emporter dans 80 minutes de poésie et d'humanité !
Que se passe-t-il dans cette auberge ?
Dans les montagnes le village de Kibune a gardé un style très traditionnel dont les visiteurs sont friands : un magnifique temple surplombe les habitations tandis que la rivière longe une auberge qui a traversé le temps.
Pourtant c'est au coeur de cette petite bourgade que Mikoto l'une des employées de l'auberge se rend compte qu'elle est sans arrêt ramenée au bord de l'eau après deux minutes. Bien vite les autres occupants avouent qu'ils traversent eux aussi une répétition d'évènements et tous en déduisent qu'ils sont prisonniers d'une boucle temporelle.
Je ne vais pas aller plus loin dans mon résumé car je ne veux surtout pas vous gâcher la surprise, mais sachez que je viens de vous raconter seulement les six premières minutes du film qui vous l'avez compris va constamment ramener ses personnages à leur point de départ.
Mais pourquoi à cet instant précis ? Et surtout pourquoi cette boucle et comment en sortir ?
La quinzaine de personnages introduits à travers les premières minutes qui précédent la boucle sont ainsi contrairement à 99% des autres films et séries sur le concept tous conscients de ce qu'il se passe.
Résultat non seulement on évite le cliché du personnage central seul contre tous mais en plus cela rendra chaque boucle différente au point d'attendre avec curiosité la prochaine histoire de se demander comment chacun va réagir la fois d'après et si les expériences tentées vont réussir.
Concept simple, réalisation corsée
Vous pensiez que le concept serait répétitif ?
Je dois l'avouer c'était ma principale crainte car avec une durée de 85 minutes cela impliquait bien entre trente et quarante retours en arrière, et je me demandais si deux minutes n'étaient pas insuffisantes pour une boucle (déjà que 22 pour trouver l'Oeil étaient à s'arracher les cheveux, comprendront qui sauront)
Mais histoire d'être le plus possible en opposition avec la simplicité du concept, Yamaguchi a opté pour une réalisation entièrement en plan-séquence.
Chaque boucle sera ainsi vécue en temps réel et avec à chaque fois le point de départ au bord de la rivière avec Mikoto qui doit revenir dans l'auberge pour faire le point et anticiper les routines probables des clients.
En plus d'avoir probablement été un sacré défi pour les acteurs et les techniciens (tu réussis une prise après cinq tentatives mais la scène suivante se déroule au même endroit avec le même timing, bonjour le challenge) l'idée permet d'être à cent pour cent impliqué dans cette aventure à la fois loufoque, poétique mais aussi un chouia effrayante.
De plus le format 80 minutes permet au film d'avoir la durée suffisante pour être efficace à chaque boucle puis de conclure avant que l'ennui ne finisse par pointer le bout de son nez.
Il s'en passe des choses en deux minutes
Si vous aimez les romans japonais qui développent de petites intrigues à chaque chapitre puis qui passent à d'autres personnages sans changer de décor, En boucle ne devrait pas bousculer vos habitudes car on se trouve précisément dans ce genre de narration.
Chaque personnage rapidement présenté pendant les deux ou trois premières minutes va finir par resurgir (souvent de façon comique car certains ont inintentionnellement très mal choisi leur moment pour "poper") et si tous ou presque trouvent la situation amusante, il va tout de même y avoir un moment où les choses se corseront pour chacun d'eux.
Le film peut être vu à différents degrés de lecture et trouver le courage de quitter son train train pour affronter les conséquences de nos choix ou oser parler de sujets fâcheux fait justement partie de ces thématiques qui parsèment le film.
Une escapade entre amoureux, des expériences de gamins qui cèderont la place à des disputes provoquées par le malaise qui ne pouvait que finir par arriver : certes c'est cool de voir que le riz revient à chaque fois et qu'on mange sans limite sans devenir malade.
Mais au bout d'un moment, ça lasse de manger la même chose donc la bonne ambiance retombe et laisse place à plus de mélancolie et donc de potentielles confessions.
Chaque personnage sortira ainsi de cette aventure comme grandi ou à minima soulagé d'un poids, même les plus discrets comme Chino la collègue de Mikoto qui semblait être le cliché de l'employée stricte aura su trouver le moyen d'être audacieuse à sa façon.
Les personnages ne vont pas combattre des martiens, renverser des sorciers ou ce genre de choses, mais toutes ces petites saynètes montreront leur humanité car je prend le pari qu'il y aura plusieurs cas où vous vous direz que vous aussi vous auriez essayé de faire ça puisque la boucle suivante annulera tout.
Une fausse note quand même
Par contre et cela me désole au plus haut point car je ne cessai d'être amusé par les personnages et leurs réactions toujours plus touchantes et surprenantes j'ai été tout de même on ne peut plus déçu par l'explication finale.
Je me doutais bien qu'un personnage en question était responsable, mais je ne pensais pas qu'il était intervenu de cette façon là. Car si le film est classé comme comédie, le registre de la science-fiction revenait régulièrement dans les avis et pour le coup c'est certainement ce qui m'a perdu car sans en dire trop on est dans de la SF façon Soupe aux Choux.
Bon j'exagère un peu mais dans les faits toute cette poésie et cette légèreté pour arriver à cette conclusion certes amusantes mais trop décalée pour qu'on y croit vraiment... J'avoue que j'aurai préféré que le film assume plutôt le côté mystique de la localité jusqu'au bout.
Cela me fait penser à cette scène de Green Book où Viggo Mortensen après avoir écrit une formidable lettre dictée par Mahershala Ali suggère de finir par un "gros bisous je t'aime fort" et que celui-ci lui répond "ce serait comme sonner un coup de cloche à la fin d'une symphonie".
Bah voilà, le dénouement de En boucle, c'est le coup de cloche.
Mais comme dirait l'autre le plus important c'est pas l'arrivée, c'est la quête.
Et dans En boucle finalement ce qui compte n'est pas tellement la manière dont les personnages vont trouver le moyen de sortir de la boucle mais plutôt la façon dont ils vont profiter de ces deux minutes qui se répètent pour faire le point sur leur situation personnelle.
Dans n'importe quel autre film du genre si l'explication sur le concept de boucle ne convainc pas, le public en ressortira déçu.
Mais dans le cas présent il ne s'agit pas d'un film épique qui passe son temps à teaser un twist inattendu à vous faire vriller la cervelle, résultat même si la fin n'est pas terrible on ne regrette absolument pas d'avoir rencontré ces figures du quotidien et d'avoir partagé leurs secrets, leurs peines et leurs joies.
Note : 3.5/5
/image%2F1765415%2F20230625%2Fob_082d15_img-20230625-205615.jpg)
/image%2F6942752%2F20250821%2Fob_dc38f8_4eb89acb079e2ebdc9aa65ca8eeac02e.jpg)
/image%2F6942752%2F20250821%2Fob_dd8d02_en-boucle-2-2023-europe-kikaku-to.jpg)
/image%2F6942752%2F20250821%2Fob_2f8357_168241296-bi760s.jpg)
/image%2F6942752%2F20250821%2Fob_efdaaf_169912654-6bl077.jpg)