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Ma dose de cinéma

Broken Rage - La tronche qu'a du faire Bezos

Publié le 4 Août 2025 par Gaffeur in Thriller, Comédie, Takeshi Kitano, Japon

Beaucoup crieront au scandale, mais c'est du Beat Takeshi tout craché

Beaucoup crieront au scandale, mais c'est du Beat Takeshi tout craché

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Imaginez un peu : vous êtes le patron de Amazon soit le troisième chauve le plus célèbre derrière Monsieur Propre et Johnny Sins (non ne googlez pas) et alors que votre plateforme de VOD est clairement à la ramasse par rapport à la concurrence vous avez l'occasion d'ajouter un grand nom à votre catalogue !

Normalement vous devriez vous dire "Hé j'ai Takeshi Kitano qui réalise un film en exclusivité pour moi, voilà qui devrait attirer davantage de cinéphiles sur mon service de streaming" et honnêtement cela serait légitime car Kitano a réalisé un paquet de yakuza eiga cultes et son dernier film en date Kubi avait fait sensation au Festival de Cannes (où il était évidemment présenté hors compétition car un truc où il doit y avoir 30 décapitations ne pouvait pas fonctionner dans un tel rassemblement de snobinards).

Et là alors que vous pensiez que Takeshi Kitano était à l'ouvrage vous découvrez que son alter-ego Beat Takeshi s'est invité dans le projet et on vous apporte le résultat : 65 minutes seulement et un concept aussi inédit que casse-gueule. 

Clairement il y a des moments de l'Histoire où j'aurai aimé être présent pour pouvoir assister à des tournants de notre civilisation, et en toute franchise voir la tête qu'a du tirer Jeff Bezos en découvrant Broken Rage entouré de son état-major d'actionnaires en manque de pépettes. 

Tiens, tiens ce bon vieux Yabushige Sama !

Tiens, tiens ce bon vieux Yabushige Sama !

Le film de deux histoires... Non 

Difficile de vous résumer l'intrigue de Broken Rage sans vous en dévoiler exactement tous les tenants et aboutissants.
Vous vous doutiez probablement en regardant la durée très courte du film (légalement on est dans le moyen-métrage) que l'histoire n'allait pas être forcément très riche, et pour cause ! 

Le film démarre par un plan aérien de Tokyo by night avec une musique extrêmement sérieuse et une première séquence quasi mutique où La Souris un tueur à gages campé par Kitano en personne accepte une enveloppe contenant l'identité de sa prochaine cible. 

Contrairement à la majorité de ses films de yakuzas ou de flics, Kitano semble cette fois-ci extrêmement sérieux et enchaîne les séquence avec une rapidité qui évoque la scène du parking de Hana-Bi où le cinéaste avait à l'époque imaginé le moment comme une succession de diapositives. 

On assiste pendant trente minutes à une histoire pas déplaisante mais terriblement banale qui va enchaîner toutes les situations clichées du genre : assassinat, effacement des preuves, intervention de la police, trahison... 
Tout y passe sans génie il faut bien le dire. 

Et puis alors que le rideau se baisse sur La Souris après moins de trente minutes de film, un encart précisant "SPIN OFF" apparaît et ... 

Tout recommence. 

L'histoire de deux films... Non plus

Tout recommence, mais avec l'intervention de Beat Takeshi, vous saisissez la différence ? 

Pour vous situer le personnage au cas où vous seriez totalement ignorant à son sujet, Kitano est une figure japonaise située dans l'estime du peuple du Soleil Levant un peu en dessous des Kamis, de l'Empereur et de Bouddha soit un grand bonhomme qui touche à peu près à tout.

Homme de cinéma et comique de télévision, le gaillard a toujours fait le distinguo entre son travail de cinéaste (ses films sont signés Takeshi Kitano) ainsi que ses créations loufoques à la télé où il est crédité en tant que Beat Takeshi. 

Parfois cela lui arrive de mélanger les deux facettes de sa personnalité (on pense au détonant et étrange Takeshis') mais jamais il n'avait abordé un film en décidant de mettre en scène une histoire deux fois.

C'est ainsi que la seconde moitié du film sera composée du même enchaînement de séquences, jouées par les mêmes personnages et avec exactement les mêmes cadrages (si vous faites attention vous remarquerez que même les passants sont joués par les mêmes figurants), sauf que cette fois-ci c'est Beat qui est aux commandes !

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C'est trop facile, bakayaro !

C'est trop facile, bakayaro !

Un concept qui ne pouvait marcher qu'en VOD

Cette idée aussi originale que loufoque explique ainsi pourquoi le film ne dure qu'un peu plus d'une heure : aussi amusant que soit le concept il faut souligner que si le tout avait duré plus longtemps la lassitude aurait pu finir par s'installer.

Là au moins chaque séquence dont on se demandait avec étonnement pourquoi Kitano se retenait autant d'appliquer une pointe de connerie saura être exploitée et détournée à la perfection par Beat !

On sait ce qui nous attend en matière de décorum et de situation à chaque scène, mais on finit souvent le sourire aux lèvres tant notre japonais terrible semble déployer toute son énergie pour créer les parodies les plus inattendues possibles. 

On imagine très bien pourquoi le projet a été destiné à être diffusé sur Amazon car même si je suis un inconditionnel du réalisateur j'admet que si j'avais du payer 17 balles pour 65 minutes ou plutôt 30 minutes rejouées deux fois j'aurai probablement été un peu moins amusé. 

De plus lors de la seconde partie Kitano va carrément se moquer... De vous. 

Oui, vous le public !

Lors de deux moments appelés "bouche-trou" le film se compose d'un écran noir sur lequel vont défiler les tweets illustrant les réactions du public telles qu'imaginées par le réalisateur. 

"C'est quoi ce bin's ?", "Et vous aussi vous vous demandez ce qu'il se passe ?", "Il a craqué Kitano ou quoi ?"

Clairement pas le genre de moments qui aurait marché au cinéma et qui illustre peut-être sans trop m'avancer l'aversion de Kitano pour cette façon de consommer les films : rappelons qu'il avait déjà planté Netflix il y a une demi-douzaine d'années pour le film The Outsider qu'il devait mettre en scène avant d'annuler. 

Ouais, je persiste et je signe : s'il restait deux cheveux sur le crâne du boss d'Amazon je peux vous certifier qu'ils sont tombés devant le plan final de La Souris. 

ARRETEZ LEEEEEE

ARRETEZ LEEEEEE

Bon je redescends sur Terre une minute. 

Est-ce que j'ai adoré voir à quel point Kitano a rushé ce qui sera sûrement sa seule oeuvre destinée à la VOD ? Carrément. 

Maintenant si je met de côté le côté acide du résultat ainsi que les gags savoureux de la seconde moitié, est-ce que le film fera date dans la carrière de son réalisateur ? 

Bien sur que non, et même si ce n'était clairement pas le but recherché il faut bien noter qu'il s'agit de son oeuvre la plus mineure. 

Certes on pourrait la réévaluer en l'adoptant d'un point de vue méta, mais si je n'ai pas passé une heure-désagréable je me suis tout de même pris à espérer que le maître de la provoc' japonaise ne finira pas sa carrière la dessus. 

Note : 3/5

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