Je ne sais plus à quand remonte la dernière fois où je me suis décidé à regarder une série télévisée française.
Autant notre cinéma fait de gros efforts depuis une petite dizaine d'années pour proposer des oeuvres ambitieuses qui tentent de mériter le statut de blockbuster made in France, pour ce qui est des séries depuis le rachat de Canal+ par un sinistre personnage on ne peut pas dire que nos fictions aient été si remarquables.
C'est que mine de rien à une époque on pouvait s'installer devant sa télé et avoir le choix entre Un Village Français, Mafiosa ou encore Braquo et on en ressortait rarement déçu (hormis peut être pour cette dernière dont la récupération par Abdel Raouf Dafri a causé une seconde saison désastreuse).
Mais depuis cette période je dois reconnaître qu'aucune série n'a su retenir mon attention malgré une ou deux tentatives audacieuses sur Netflix (on dira ce qu'on voudra mais La Révolution avait du potentiel).
C'est alors qu'entre deux parties d'airsoft l'un de mes équipiers (salut mon vieux Chkoun si tu me lis) m'a fortement conseillé Coeurs Noirs en vantant son approche très réaliste de la lutte contre Daech et des scènes d'action qui n'en faisaient pas trop.
Bon.
Après avoir été soufflé par Warfare je ne disais pas non à du rab de contenu sur la guerre moderne alors pourquoi ne pas donner sa chance à cette série qui hélas est exclusivement diffusée sur Prime ?
Retour en 2016
Après les attaques sur le sol français en 2015, les Forces Spéciales sont déployées en Irak au sein de la Coalition.
Leur principal objectif est de collaborer avec Irakiens, Kurdes, Américains et habitants opposés à Daesh afin de mettre la main sur les djihadistes français.
Lors d'une intervention chez des civils à quelques heures du début de la bataille de Mossoul, le groupe 45 mené par Martin Manzard décroche le gros lot en capturant l'un des grands noms du Djihad français : Zaïd Osman.
En échange de précieuses informations sur les attentats en préparation en métropole, Zaïd exige que sa fille et son petit-fils soient exfiltrés.
Débutant sur les chapeaux de roues par une opération délicate, Coeurs Noirs nous plonge d'emblée dans cette triste campagne dont les retombées sont toujours en cours presque dix ans plus tard.
S'il est bien un conflit où les relations entre les belligérants ont été particulièrement difficiles à décrire, ce sera bien celui-ci et la série compte bien ne pas édulcorer les choses qui à aborder frontalement certaines thématiques telles que la collaboration avec des terroristes.
Ainsi il faudra bien le dire on sera bien loin d'une série façon Seal Team qui n'est pas mauvaise mais qui avec ses intrigues de 40 minutes survole parfois les conflits et sujets abordés.
Coeurs Noirs au contraire opte pour une approche quasi-documentaire, il faut dire que son créateur et réalisateur de première saison Ziad Doueiri est un vétéran des oeuvres couvrant les conflits au Moyen-Orient.
Les renseignements avant tout
Contrairement à ce qu'auraient probablement fait les américains la première saison prend son temps pour mettre en place ses enjeux et ne va pas envoyer l'action sans raison.
Certes le climax du premier épisode est l'occasion d'un premier affrontement oppressant et parfaitement orchestré (on sent que les acteurs ont bien drillé tant les déplacements, changements de chargeurs et tics de langage sonnent justes), mais ne vous attendez pas à un gros fight à chaque épisode.
Les conséquences de cette bataille seront graves et la série va davantage s'occuper à dépeindre la terrible réalité de la vie à Mossoul entre les espions, les barrages de miliciens, l'application brutale de la charia et les opérations en sous-marin destinées à glaner un maximum d'informations pour faire tomber un réseau.
Les six premiers volets forment ainsi probablement la meilleure plongée dans ce conflit très sale avec des situations où le stress sera palpable et où le doute est de mise à chaque silhouette croisée par les personnages : ce jeune garçon est-il un simple gamin qui s'amuse ou bien est-ce une jeune recrue d'une cellule ? Et cette femme voilée, va-t-elle trahir la présence des soldats en hurlant ?
Dans Coeurs Noirs on réfléchit avant de tirer et on se concentre sur la façon d'opérer le plus efficacement et discrètement possible pour éviter les dommages collatéraux.
Des personnages attachants
Comme je l'expliquais il y aura différents types de fronts dans la série : la première ligne, la salle de commandement et les renseignements en zone ennemie.
Et comme tout le monde ne peut pas opérer partout à la fois cela signifie qu'il faudra apprendre à connaître une belle galerie de personnages, avec évidemment les six opérateurs principaux (dont Nicolas Duvauchelle est naturellement le plus attachant car tiraillé entre sa famille et son devoir) mais aussi plusieurs visages agissant dans l'ombre, et à chaque fois la série trouvera un bon équilibre entre diversité et réalisme.
J'ai été ainsi surpris de découvrir plusieurs rôles féminins, mais contrairement à de trop nombreuses productions récentes leur présence n'est pas motivée par l'envie d'aborder la différence et les inégalités.
Certes il sera souvent question dans la série du traitement des femmes (on parle d'une lutte contre un groupe islamiste radical, donc pas le genre qui chouchoute les femmes) mais à aucun moment le fait que des opératrices se trouvent dans les rangs ne donnera lieu à des échanges ultra-féministes à la con.
On s'attache ainsi aux personnages parce qu'ils sont très humains : Spit et ses troubles qui ont possiblement entraîné une bavure, Adèle la négociatrice qui parvient à approcher sans sourciller un terroriste mais qui ne gère pas facilement sa relation avec un membre du groupe ou encore Sab la sniper qui doit faire ses preuves dans une unité déjà soudée.
Par contre il faut souligner que ce n'est pas le genre de série qui va proposer un vrai background à ses personnages : ce sont leurs actions sur le terrain qui vont vous faire accrocher à la bande, mais certainement pas leur vie privée car de ce point de vue là la série n'a clairement pas le temps.
Peut-être est-ce parce qu'hélas il n'y a que six épisodes par saison, mais je dois dire que les sous-intrigues abordant la vie familiale ou personnelle des opérateurs sont souvent inexploitées pour ne pas dire bâclées tant on croule sous les clichés (le mec trompé, la difficulté de concilier naissance et opération spéciale)... Du coup ce n'est finalement pas plus mal que la série ne s'encombre pas des masses de ce genre de mini-arcs narratifs.
Une seconde saison un poil dans l'excès
Il ne vous aura sans doute pas échappé que j'ai jusque là beaucoup parlé de la première saison.
Rassurez vous cela ne veut pas dire que la seconde (et probablement dernière) est mauvaise, simplement si j'ai à ce point adoré les six premiers épisodes c'est justement parce que l'approche me semblait plutôt crédible : la demi-douzaine d'opérateurs ne fait pas face à des hordes d'hostiles (au maximum une douzaine éparpillée dans un village, donc il est logique que les cibles soient éliminées une par une discrètement) et surtout la dangerosité des ennemis est palpable.
La saison deux en revanche offre beaucoup plus de spectacle (ce qui fait tout de même plaisir à voir on ne va pas s'en cacher) mais on sent un changement de réalisateur puisque c'est Frédéric Jardin (réalisateur de Braquo 3 et 4) qui est en charge du projet.
Le mec est toujours aussi excellent lorsqu'il s'agit de filmer une grosse fusillade et je ne vais pas bouder mon plaisir à ce sujet là, mais on sent que les djihadistes sont davantage des cibles de foire tant il est rarissime qu'un de leurs tirs touche un personnage ami.
De plus concernant le scénario même si le suspense était présent à chaque épisode je me suis tout de même demandé s'il était pertinent de consacrer la totalité des six épisodes à l'opération de sauvetage d'un opérateur disparu en mission.
Honnêtement il y avait moyen de boucler ça en trois épisodes puis de basculer sur la traque du nouveau grand méchant de cette saison, car au bout de la troisième foirade on finit par ne plus croire à cette accumulation de coups du sort.
De plus question personnages je suis content qu'il y en ait des nouveaux (dont un agent de la DGSE qui sera l'occasion pour mon Patrick Mille préféré de prouver que Chico c'est définitivement du passé) mais d'un autre côté certains sont balayés sans ménagement dès les premières minutes.
Rimbaud quitte le groupe cash parce que "son frère à un problème"... Il avait un frère lui ? Ou bien c'est parce que l'acteur devait tourner Bastion 36 pour Neflix et que Amazon n'a pas apprécié ? Et que deviennent les deux agents du renseignement qui enquêtaient sur le chirurgien en saison une ?
Il y a comme qui dirait un manque de liant entre les deux saisons ainsi qu'un changement de tonalité qui fait que même si on accroche toujours autant on se demande si le scénario n'a pas été remanié entre les deux tournages.
Avec Coeurs Noirs la fiction télé française prouve que si on lui donne les moyens de ses ambitions elle en a encore sous le capot !
Franchement ce qui me gonfle le plus sur cette série c'est qu'il a fallu que ce soit Amazon qui file des ronds pour que le projet puisse se concrétiser.
Bon sang qu'attendent les chaînes et les producteurs de chez nous pour donner leur feu vert à des séries de ce calibre là ?
Certes la saison deux m'a moins convaincu (ma note aurait été plus élevée si les choses avaient été plus dans le ton de la première) mais je crois bien que c'est la première fois depuis très longtemps que je ne me suis pas autant pris au jeu devant une série militaire.
Certaines séquences vont longuement marquer (la fin du cinquième avec une musique parfaite qui annonce un drame, l'annonce terrible dans le sixième) et une chose est certaine même si à la fin vous vous direz probablement que la série peut s'arrêter comme ça, vous n'aurez envie que d'une chose : qu'une autre production française de ce genre soit annoncée.
Note : 3.5/5
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